lundi 25 septembre 2017

Genèse du moi et cuisine d'automne

Je connais la solitude mieux que moi-même




 Elle est comme un pommier sur une terre brulée




Qui donne pourtant des fruits
même si
il n'y a pas de moi qui tienne
dans une pomme véreuse




C'est tout ou rien pour ma pomme
taillée en morceaux
tout et rien à la fois




Hier je suis tombée dans les pommes
j'ai réduit le moi en compote
en attendant que la nuit vienne




quand le sinueux du moi
redevenu vers de terre
ne croquera plus
la pomme empoisonnée




Une nuit ou l'autre
on connaîtra
l'état de purée

et on rira jaune

Mr.D & The Fangs - Mélancolie

dimanche 24 septembre 2017

Le froid arrive


Comment le savoir ? En observant ces araignées. Voilà que je surprends encore deux grosses mygales. Brrrr. Heureusement, je ne suis pas arachnophobe. Il fût un temps où la vue de ces petites bêtes me paralysait de peur mais maintenant, je pourrais, tout comme Nam ou Suzanne, les laisser vivre tout simplement. Parfois je les emprisonne dans un bocal en verre, avant de les relâcher dans la nature. Je ne dis pas que leurs longues et fines pattes noires ne me donnent pas quelques frissons mais j'ai, à force de côtoyer ces impressionnantes bestioles, appris à accepter leur présence, et même, dans les champs, à apprécier la beauté de certaines. Je me demande d'ailleurs si je ne préfère pas les arachnides aux furtives scolopendres. Ces mille-pattes me paraissent monstrueuses en comparaison. 
Par contre, j'ai beaucoup de tendresse pour les grillons qui s'égarent quelquefois, à la fin de l'été, vers des intérieurs monotones...



La rengaine du grillon


Quand je me sens aigrie
sur ma peau je griffonne
un air au crayon gris
un brouillon qui fredonne :

grigri du crépuscule
caché sous l’oreiller
il hante mon foyer
le grillon qui stridule

Quand je suis rabougrie
sur ma peau je crayonne
un air de gribouillis
des notes qui frissonnent :

grigri du crépuscule
caché sous l'oreiller
il hante mon foyer
le grillon qui stridule


(écrit autour de 2010/11)


vendredi 22 septembre 2017

Thèse, hypothèse, hyper-thèse, inter-thèse, trans-thèse, etc.

Peut-être un jour écrirais-je un bouquin pour relater l'histoire du comment j'ai raté ma thèse ? Pas une BD comme Thiphaine Rivière (Carnets de thèse), mais, je ne sais pas trop, j'avais pensé à un titre genre ("genre" comme disent les ados, 10 fois par énoncés, ce qui relève de l'ordre du tic de langage, tic acquis par mimétisme hormonal) (il y a aussi le vas-y c'est bon, ou le classique quoiaaa !) : entre mon jardin et ma thèse ?
Leïla Sebbar et Nancy Huston, dans leurs lettres d'exil parisiennes, évoquent le fait d'avoir renoncé au travail d'une thèse. Surtout NH si mes souvenirs sont bons. NH qui a suivi les cours de Roland Barthes, entre autres, a écrit qu'elle avait ressenti le besoin vital de libérer son esprit des influences académiques, dans le but de trouver sa voix à elle. Il est vrai que adulte, ado, ou enfant, on échappe difficilement à l'influence ou imprégnation langagière (culturelle donc) de l'environnement langagier côtoyé. Le langage, ou plutôt les expressions langagières sont contagieuses. On apprend par contagion. On est bien plus souvent habité par des expressions, des mots, des discours, des chansons, etc. (des histoires et des fantasmes aussi), que l'on ne s'approprie une langue. On n'acquiert jamais une langue (comme on acquiert quelque objet matériel). Trop de personnes croivent (le verbe croiver existe de nos jours, il faut le savoir : c'est la vitalité linguistique) encore aujourd'hui qu'une langue, on peut apprendre à la maîtriser. C'est toujours cette idée de l'individu plein, autonome, compétent. En réalité, on ne maîtrise rien du tout et on ne possède point une langue (ou plusieurs langues). Tout ce que l'on peut maîtriser, et cela dépend des personnes, c'est une capacité à se conformer à des lois (des règles) grammaticales (des lois, faut-il le rappeler, de l'élite, celle qui décide du "bien parler" ou du "bon françois") : une forme de capacité de soumission aux normes langagières. Les langues, qui sont plus qu'un système complexe de signes, nous remplissent, nous nourrissent : nous sommes avant tout des corps-parlant possédés, des corps qui croissent avec les mots, qui croivent aussi, à l'occasion, puis qui se racontent des histoires, plein d'histoires : depuis les mythes de la nuit des temps. La réflexion vient progressivement après. Des homo fabulator donc. Elle n'a pas tort N. Huston (in L'espèce fabulatrice).
Le langage, ça donne le vertige de la pensée.
Le truc compliqué, dans l'histoire, c'est pas de lui donner un genre : mais du style, tu vois ? Genre celui ou celle qui écrit pour tenter de trouver sa voix entre les voix qui l'habitent, ou qui habitent son texte (dans le thé(r)orisme littéraire, on parle d'intertextualité).

Saïgon

Saïgon n'est plus ce qu'elle était 
a-t-elle jamais été comme je l'imaginais ?
je l'ai souvent rêvée dans le visage de Nam
Nam n'est plus
et plus personne ne me retient

Là bas

froisser quelques feuilles de menthes vertes entre ses doigts
humer l'arôme qui s'y dépose
faire la même chose avec du basilic pourpre
goûter aussi
le durian a une odeur rebutante. Se pincer le nez pour y remédier.
croquer du gingembre confit, boire du lait de coco frais avec des glaçons.

une douche de moussons

citronnelle et ananas dans la soupe
crevettes et riz blanc

quelques bâtons d'encens que tu brûles
bois de santal
tes prières pour les défunts et les vivants que tu aimes

boire une bière ensemble pendant le repas
à même le sol, près des fourmis noires
la chaleur
je transpire
les pales du ventilateur au plafond tournent
tournent
tournent

allongée pour un voyage
vers ta nuit
si lointaine

Pourtant elle est proche ta nuit
visage amaigri et ridé
fils blancs dans ta chevelure
regard sans force
oubli de vie
oubli de soi, conscience en fuite
le début d'une fin parmi...
les rêves à terre
les deuils d'autrefois
les pertes et les naissances
les naissances et les pertes
les départs des enfants
l'avion qui décolle
une ligne dans le ciel au loin
et la solitude chez toi
et ta nuit qui approche
ta nuit après des nuits
ton obscur ou ta lumière
ta faim rassasiée
ta soif coupée
ma solitude


Nam est morte en 2013. Elle me manque toujours. J'avais dû écrire ce texte en 2011 ou 2012, je ne sais plus. 


 On peut voir Saïgon by night chez Colette : ici

On peut également se plonger dans la guerre d'Indochine en ce moment sur ARTE +7 :
Une semaine consacrée à la guerre du Vietnam sur France culture : ici
en musique aussi

Reprendre le mouvement

C'était chouette la reprise du tai chi hier soir. Après une pause d'une année, je pensais avoir oublié mais la mémoire du corps est étonnante. Les mouvements reviennent assez vite semble-t-il. La mémoire ne serait donc pas que dans la tête. Sans doute, est-ce toujours un corps entier qui mémorise. Tandis que les souvenirs se terrent dans les replis nocturnes du corps.
Il a été bien agréable de quitter la sphère cérébrale pour faire corps avec soi-même, avec le flux de soi.


Un 10 août déclinant


Le mendiant
il a ciel et terre
comme habits d'été

Kikaku


jeudi 21 septembre 2017

Depuis le Dedans et le Dehors

« Écrire est toujours d’abord une manière de ne pas arriver à faire son deuil de la mort. Et je dis : il faut avoir été aimée par la mort, pour naître et passer à l’écriture. La condition à laquelle commencer à écrire devient nécessaire - (et) - possible : tout perdre, avoir une fois tout perdu. »

 H. Cixous, « La venue à l’écriture », p. 44, in La venue à l’écriture, par H. Cixous, M. Gagnon, A. Leclerc, Collection 10/18, série « Féminin futur »

La mort m'a arrêtée dans la lecture d'Hélène Cixous. 
Je n'avais plus le goût de rien, plus rien. 
Moins que rien. 
Le printemps et l'été étaient sans saveur. Beurk. 
Mais voilà venir l'automne et depuis le Dedans qui est plein de dehors (HC), je reprends le fil de l'histoire suspendue. Son père est mort, et presque tout a commencé. 

Hier je lis avec elle. Aujourd'hui j'écris avec elle. Demain je vis et meurs avec elle. Pour un temps indéfini. Un temps qu'on ne calcule pas. Il ne faut jamais calculer le temps. 





« Et moi j'ai reçu tout le soleil dans les eaux noires de mon coeur, mais je n'ai pas retenu le soleil. »

 H. Cixous, Dedans, (1969) Des Femmes, 1986, p. 141.