vendredi 16 février 2018

L'oubli des pensées

« Si vous cherchez l’oubli des pensées,
venez me voir.
Vous pourrez arroser les doux
légumes de mon jardin. »
Wang Wei (701-761)



Les fleurs en graines
des carottes sauvages
ont la tête dans les nuages.

lundi 12 février 2018

Entre nous

un automne passé


la vie te ressemble
jusqu’à de si petits détails
que je n’en dis rien
cette ressemblance est la fête
de nos instants célèbres
entre nous
je ne les montre pas trop
on n’offre pas des fleurs
à un jardin
ni de la lumière
au soleil


H. Meschonnic, Voyageurs de la voix

dimanche 11 février 2018

Une femme de l'être


Quand le vain est tiré, il faut le boire.

Miss.Tic


Autour de moi, des cadavres. Expérience sauvage. L'énigme de mon destin se joue là ! Devenir l'autre, la survivante. Malédiction ou privilège. Fillette en nage, j'échappe au naufrage..., je suis au bord de la mère morte. Dans le fossé de la peur, mon corps géométrie s'est brisé. Dans ma bouche, un goût de malheur sans partage. Disparition définitive de ceux que j'aime. Je n'ai plus rien à perdre, à part moi. Sacrifice intérieur. Culpabilité secrète. Je vais passer un temps fou à déterrer les mots, là où la vérité est enterrée, mais je ne le sais pas encore.
J'ai dix ans et je n'ai plus d'âge.



in A la vie, à l'amor, Miss.Tic, Critères éditions, coll. Opus Délits, 2010.

samedi 10 février 2018

Wrap your troubles in dreams


Les matins blêmes

Les idées un peu bohème
les idées un peu poème
qui se dissolvent ici et là
dans des pensées grises 
des pensées en exil
des pensées sauvages qui fleurissent au printemps
[entre bohème et poème, il n'y a pas beaucoup de différences
juste une variation de phonèmes]
quand aux petits matins blêmes
les heures ont la flemme 
et baillent et puis s'étirent  comme des chats


 Je déteste à jamais
les petits matins blêmes
les matins à contre-nuit
les matins qui s'éveillent et qui baillent
qui ont du mal à ouvrir les yeux
qui ont la tête dans le brouillard
les aubes fatiguées, les aubes mourantes
entre sommeil et sommeil sans rêve
doucement, lentement, difficilement
avec peine, lasses et silencieuses
les matins et leur peau de chagrin

mardi 6 février 2018

Faire de sa vie un brouillard

Ce matin, je flâne. Le brouillard me tient compagnie. Je flâne, je décline dans le vide. Le vide s'habille de brouillard. Je termine d'écrire, assez difficilement, une petite poésie pour un chat flou. L'inspiration pour meubler le vide. Je vois dans le vide le brouillard de mes jours. S'embrouiller, c'est la voie. Ou la voix de l'embrouille. Je me brouillarde. Le brouillard du matin qui fane. 
Il me dit : tu es mon moteur. Je ne suis pas un moteur. Je ne suis pas une mécanique. Je suis un brouillard qui s'épanche sur le vide de ma terre. Ma terre est un vide. Non pas, un manque, mais un vide. Ce n'est pas du tout la même chose. Et à en croire la voix du tao : de ce vide, tout peut naître. Le vide est un trop plein qui a besoin de s'échapper, de s'épancher. Il y a une fuite dans le vide, le trop plein qui goutte, le vide qui s'épuise.
Ce matin, je fane, je fume, je m'enlise et le brouillard flâne avec moi.

 côté ruines


Vers des matins blêmes et des fumées grises.