mardi 21 novembre 2017

L'été derrière soi


Quand arrive l'hiver, c'est bête, on a la nostalgie de l'été. De l'été sous un ciel menaçant.


Nul ne s'oppose à ton salut, nul ne s'oppose à ta mort. A tout moment, tu pourrais te sauver. Mais tout se passe comme s'il avait décidé : "Tu n'écriras pas." Et c'est ce décret qui t'est donné à écrire depuis ce matin et à exécuter. Ton supplice : quand l'écriture que tu aimes comme toi-même se révolte, et te crache le sens, que tu lui as donné, au visage.


Ne te plains pas, c'est ta faute. Si ce que tu redoutais s'accomplit ce n'est pas par hasard : ta mort avait une page d'avance.

Angst, H. Cixous, Des femmes, p. 31.

dimanche 19 novembre 2017

Sous un ciel menaçant, une fin d'automne




Nous vivions de paysages
Paysages impensés
Pensées floues et pensées brumes
Brumes sur les cimes terres grises
Grises comme nos pensées
Nos pensées de paysages
Paysages à mourir
Mourir de vents et de silence
(déc 2014)






Un jour
j'irai bien là bas
vivre ici
ailleurs à côté
revenir en arrière
au fil du présent
marcher sur les pas de l'enfant
que je ne suis plus
j'irai bien nulle part
tant que ce sera loin


(2011)

samedi 18 novembre 2017

En bord de mer

 aux Sables, 2016.

Je te regarde défier l'océan, toi la minuscule, la crevette, l'ombre grise de mon âme, celle qui fait battre mon coeur, ma Lô, ma terrible, tu me poses trop de questions et je n'ai pas les réponses adéquates. Je te regarde quand tu me tournes le dos, c'est toujours mieux ainsi, de face tu me dirais : quoi ?! Pourquoi tu me regardes ?



vendredi 17 novembre 2017

Demander la lune

Lune des Sables, avril 2016.


Quand on n'a pas une thune
on peut toujours kidnapper la lune

on attend qu'elle soit bien ronde
on peut se griller quelques blondes

on reste là au bord de minuit
où la lune affleure sans bruit

et quand elle se couche dans le lac
on la pêche et on la met dans son sac

on prend vite les jambes à son cou
si on ne veut pas finir au fond du trou

puis on la vend aux enchères
à un quelconque milliardaire


(un vieux truc écrit en 2011 ou 2012)

mercredi 15 novembre 2017

être au plus loin

"Être au plus proche, ce n'est pas toucher : la plus grande proximité est d'assumer le lointain de l'autre." Jean Oury.

Une petite angoisse m'étreignait le coeur. Un mini alprazolam avant de prendre la route, ça a fait son effet et c'est donc un peu plus sereine que je me dirigeais au rv avec la directrice adjointe du CADA. 
Je suis en avance, je m'arrête dans le premier café venu, il fait un froid de canard, c'est un genre de salon de thé/café/smoothie, avec petites pâtisseries à l'allure industrielle, celles que l'on retrouve partout : muffins, brownies, fondants, etc. Dans la salle, une majorité de minettes, quelques femmes d'âge mûr occupées avec leur téléphone-tablette. J'ai 30 min à tuer, je commande un cappuccino, je m'installe dans un fauteuil gris, puis j'ouvre Angst. Deuxième ouvrage d'H. Cixous que je lis. L'écriture est dense. Le rythme est rapide. H. C. n'est pas toujours facile à suivre, ou plutôt, disons qu'il ne faut pas trop être attaché aux phrases et aux récits de style classique, de grammaire traditionnelle (sujet, verbe, complément, avec reprises pronominales cohérentes) pour se plonger dans l’œuvre de l'auteure. Elle bouscule les préjugés linguistiques. Angst, angoisse pour l'anglais, peur pour l'allemand.
Au tournant je tombai dessus. Impossible de l'arrêter. Elle me dit tous les noms du Pire. "De la part des disparus" me dit-elle. "Jamais? jamais ?", je suppliais. Je savais ce qu'elle me dirait. "Pas une minute ?" Tu ne peux pas être sauvée.**
La demi-heure passe trop vite. Le rv m'appelle.
Ouf, la directrice adjointe est très intéressée par le projet. Elle me demande si un jeune stagiaire en observation du monde du travail peut assister à notre entrevue. Évidemment, bien sûr, pas de problème. Nous échangeons durant une heure. Il est convenu que je lui envoie un projet écrit, ensuite on fixera une rencontre avec l'équipe, puis on réfléchira à comment amener la proposition aux migrants. Il y aura certainement un temps d'inclusion, me dit-elle.
Les migrants proviennent principalement d'Irak, de Syrie, d’Égypte, d'Albanie, de Guinée. Ils sont 190 dans ce CADA. Dans les couloirs du bâtiment errait un jeune homme en perdition. La traversée en bateau pneumatique, la perte de la famille, la désorientation totale l'avait déboussolé. Il revenait d'un séjour en HP, assommé de tranquillisants. Il n'y a pas véritablement d'accompagnement psy, me dit la directrice adjointe. Les gens débarquent avec leurs peurs, leurs traumas, leurs douleurs, et ils doivent persévérer avec. Dans les cas extrêmes, comme pour ce jeune homme, on les endort un peu.


** Hélène Cixous, Angst, Des femmes, 1998, p. 12-13.



lundi 13 novembre 2017